Il était une fois l'été.
Ce matin il a plut. Sur le bitume, les flaques d'eau se prélassent au soleil. Depuis ma fenêtre sur le monde, des enfants courent, jouent, crient. Un parmi eux, un peu plus gros que les autres, est à la traine. Il essaie, à l'aide de sa voix, de rattraper la distance qui le sépare de ceux qu'il arrive encore à voir. Il est désormais seul. Les autres étaient trop rapide pour lui. Il commence à pleurer. Il tourne autour de lui-même jusqu'à ce que le monde tourne lui aussi, jusqu'à ce que le monde devienne un vertige, jusqu'à ce qu'il vomisse le monde. Il tombe à terre, les genoux salis et les yeux enroués.
Je me lève et le téléphone sonne. Je l'ignore et sort. Je m'approche du garçon et le relève. Il me regarde sans me voir et parle une langue blessée. Elle ne m'est pas inconnue. Pour la comprendre, il me suffit de l'écouter.: Y huhu sont snif papapa hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii ti. Y sont huh parti... Je ne dis rien. Je l'accompagne chez moi. Je lui fait un chocolat chaud. Il boit. Il dit que c'est bon, qu'il veut des gâteaux avec. Bon signe, lorsqu'on oublie la politesse c'est qu'on est à l'aise comme l'a toujours dit ma mère. Je cherche si j'ai quelques gâteaux. C'est son jour de chance, j'ai des brownies. Il les souffle comme des bougies. Son estomac, le pauvre! Il sourit et je l'accompagne vers la porte. Il sort et me salue et me dit merci.
Cet enfant c'est moi. La scène s'est déroulé dans mon rêve. C'est vrai qu'à l'époque de ma jeunesse, j'avais le ventre bedonnant, la gourmandise affamée et le pas nocturne léger. Il est huit heures du matin. On est dimanche et je viens de ressusciter. J'ai un peu mal à la tête. On est dimanche, on est au mois de Juin et je vais me recoucher.
IbU.

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