Quid sum?



Je suis un regret. Je suis le regret de mon père. Je suis son regret incarné. Je représente 28 ans de regret, de colère, de désillusion.
En effet, je ne présente ni ne représente par mon existence la volonté de mon père. Je m'en suis détaché par ma propre volonté. Le malheur c'est cela : ma propre volonté.
En ayant une volonté qui m'appartient , je n'appartiens  plus ou pas, à mon père.
En parlant de volonté, en réalité, c'est la non-volonté que je possède. Je n'ai pas de volonté. Je n'ai pas la volonté de mon père, d'être lui et ça le tue. Je tue mon père en n'étant pas lui...en me différenciant...en prenant de la distance.
 
Mon père est donc amer et ma mère est mon ventre. Je suis sortit de ma mère comme n'importe qui, je me suis nourris d'elle. Je mangeais ma mère pendant neuf mois. Ainsi je suis, moi, neuf mois sur douze, je pense, ma mère.
Je suis le ventre de ma mère. Je pense par mon ventre, je ressens par mon ventre. Je suis un ventre de neuf mois qui accouche de réflexions et de sentiments.
Et ça me fait chier. Je chie mes sentiments car j'en ai trop en moi....

Je suis un état. Je ne suis pas une définition car je ne suis pas constant. Je ne suis pas fini; Je suis un mouvement, je suis le mouvement naturel de mon inclinaison.
Je me perds en me cherchant car je m'arrête  sur un instant qui fut, qui n'est plus moi. Je suis en retard. Ma réflexion, donc mon reflet , me parviennent décalés.
Je suis déformé par mon propre regard qui est le reflet, bien souvent, de l'œil du voisin....

Je suis petit. Je suis à la hauteur de mon ambition.
Mon ambition mesure environ la moitié de la taille normée. Pourtant être petit et avoir de l'ambition  sont des rapports. Il faut avoir un élément de comparaison. Moi je me contente de moi , alors je suis satisfait. Je suis mon propre modèle alors je ne sais pas quoi faire car je me construis chaque instant  mais je me répète souvent.
Je suis à l'image d'hier déformé par la vision de demain. Je me perds car je suis mon unique repère...


Je suis un brouillon. Chaque matin j'ai la tête pleine d'idée que je dois ordonner. J'ai les idées d'hier qui se sont mélangées avec les rêves de la nuit. J'ai les pensées du matin qui se sont cachées de ma mémoire. J'ai les phrases, les sons, les mots qui s'échauffent auprès de ma voix. Et déjà le matin arrive...avec ses certitudes et ses mouvements...et moi qui suis mélangé.


Je suis un mensonge. Je vis à la surface de ce monde, à la surface des mots. J'écris de la poésie à la recherche de l'apparence de beauté  au lieu de donner du sens à mes écrits. Ce que je dis est faux. Ce que je dis est nul puisque faux car pas vrai. J'écris la surface des mots puisque mon regard s'arrête à l'allure des gens. Mon œil est ma plume et elle est superficielle. Je suis un mensonge qui hante mes jours.


Je suis faible. J'ai peur. J'ai peur de l'autre, des autres. J'ai peur d'eux puisqu'ils me montrent que je suis faillible. L'autre à la capacité de me faire souffrir, et c'est mon point faible. Je vois donc l'autre comme possédant ce pouvoir sur moi. Il est ma peur. Et comme j'ai peur, je deviens agressif même violent. Plus j'ai peur et plus je suis agressif parce que je veux cacher ma peur derrière ma violence. La violence comme costume de ma peur, c'est bizarre mais c'est vrai.



Je suis celui qui était d'hier. Je suis celui qui sera demain. Aujourd'hui je vais me découvrir, me déshabiller peu à peu, au fur et à mesure des évènements.  L'inconnue est ma propriété sur le chemin que je parcours. Ainsi point de hâte! Point de halte ! Je marche vers ma connaissance.



IbU.





Article ajouté le 2008-07-10 , consulté 6 fois

Commentaires


chevross le 25/08/2008 à 15:25:56
Intéressante, cette mise en abîme de soi, ce jeu de miroir.
Reflechir c'est être un reflet, renvoyer une lumière, une miniature du vrai.

Certes. Nous sommes des reflets, quand nous acceptons de refléchir.
Là, est peut-être notre seule liberté!


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