Conte
C'est une mélopée funèbre où les morts racontent leur vie:
Le premier était avocat, il vivait de ses mots, il est mort de sa parole. Il aimait l'argent, il détestait les gens. Il avait ce qu'il désirait, il était malheureux. Il aurait pu se marier, fonder une famille, prolonger sa vie mais il était égoïste; pas plus qu'un autre mais il ne faisait aucun effort. Ainsi il est mort comme il a vécu: SEUL, d'un cancer aussi ambitieux que lui, qui lui a tout pris. D'abord les poumons, ensuite la joie puis l'âme. Il s'était présenté sous la forme d'un ami avec qui il avait fait un pari. S'il perdait l'affaire sur laquelle il était, il fumerait une cigarette.Même pas un mot qui fait peur; juste un peu de tabac enveloppé dans une feuille de papier. Il appris à apprécier cette feuille qui écrivait mort dès qu'elle s'enflammait. Le problème c'était bien cette petite feuille qui aspirait sa vie, à chaque fois qu'il expirait, c'était sa vie qui partait en fumée.
Le second n'était "rien", rien de plus que lui même, un homme invisible, un enfant timide, un mort sans nom. Il faisait partit d'une famille pauvre dans un pays pauvre vivant d'un esprit famélique. Il a du travailler avant qu'il ne sache parler d'ailleurs il ne sut jamais.
On lui a appris une chose : "son corps c'était sa vie"; ce corps qui porte des morceaux d'argile d'un lieu à l'autre, d'une heure à l'autre, sans fin, jusqu'à ce que ses yeux s'endorment. Un jour, ayant passé une nuit blanche où son corps épuisé de douleur lui criait sa peine, il prit tout ce qu'il possédait, ce corps, et partit. Il voulait aller ailleurs, là où ce serait différent, là où il serait différent. La vie qui se moque de ceux qui ne savent pas rire lui a joué un bon tour, elle lui a accordé ce qu'il voulait, elle l'a conduit vers la mort, un lieu différent. Comment il est mort, personne ne le sait d'ailleurs cela n'a pas d'importance...
Le troisième est une troisième. Elle appréciait la vie. Elle était drôle. Elle était comique. Elle travestissait la vie, elle la maquillait pour lui donner une allure surréaliste, une allure utopique. Elle avait eu une enfance de pitre, elle vécut des amours de polichinelle, elle connut un sort de zouave : elle mourut de rire. Elle raconte toujours une blague c'est l'histoire d'un cochon qui aime une vache. Intimidé par elle, il s'avance dos à elle. Quand il est assez proche, il lui dit qu'il l'aime. Arrivé à ce stade il pète les fesses face à la gueule de la vache si bien qu'elle tombe sur ses fesses. Le cochon croit qu'elle l'embrasse, se retourne et la voit à terre..
IbU.

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