Première rencontre

Ils étaient arrivés à un âge où les sexes ne se distinguaient plus, où les relations étaient délivrés des désirs libidineux, où les relations pouvaient devenir ce qu'elles auraient dû toujours être, des échanges francs.


Elle ou lui parlait d'amour comme on parle du passé, comme d'un souvenir tangible. L'autre l'écoutait tout en regardant  le soleil se baignant sur la plage, ou bien encore la pluie lavant l'asphalte de toute trace humaine. C'était à chaque rencontre, un nouveau chemin qu'empruntaient ces deux âmes et qui menait toujours au même endroit. Si je me souviens bien, ils moururent main dans la main.

 

 Leur première rencontre est anecdotique. Ils s'étaient rencontrés en prison.Lui était un condamné "innocent". Elle venait voir un de se nombreux neveux. Il avait pris quinze ans parce qu'il "n'avait pas la bonne couleur" sinon un vol à l'étalage ne vaut pas autant de temps derrière des barreaux. Le temps c'est tout ce qu'on possède en prison. On dort avec le temps, on compte le temps, on mange le temps. Tout est lié au temps. Si on le perd, on devient fou ou on se suicide. Grâce a elle, à sa rencontre, à deux épaules qui se heurtent dans la précipitation puis un regard et un sourire... grâce, lors d'une autre journée, au regard qui s'allonge et au sourire qui s'agrandit, qui devient blanc... grâce à un mot qui se mue en phrase,  en lettres et rendez vous...grâce à tout cela, il eut la vie sauve. Il lui doit la vie, le bonheur. Il le sait et l'en remercie.


Un autre regard sur leur rencontre, son regard à elle. Elle a en mémoire ses yeux. D'une beauté triste ou d'une triste beauté. Elle ne sait pas comment dire ce qu'elle ressentait. C'était un prisonnier mais différent des autres. C'était un inconnu particulier. Sa prison, il se l'était battit lui-même. Il n'avait aucun contact avec les autres, d'après les renseignements qu'elle avait pu glaner, surtout pas avec les blancs... pourtant, elle, la blanche, elle lui avait plu et réciproquement. Elle avait, sans le connaître, décelé de la bonté.


Au fur et à mesure de ces passages, elle se rapprocha de lui à travers les gestes subtils mais efficaces propres aux femmes. Elle appris à le découvrir et compris une chose : les événements qui provoquent la douleur peuvent disparaître mais la douleur reste. En effet, on peut oublier la source de notre souffrance mais jamais la trace de cette dernière qui se fait  peur. De ce jour, elle se promit de soigner cet homme au grand cœur et, comme l'on sait que les plus grands cœurs connaissent les plus grandes peines, elle en fit sa vie.

 

Tout allait bien, il était amoureux . Cela pourrait être encore mieux sans ses barreaux qui lui restaient en travers des yeux. Tant qu'il serait enfermé, ils seraient prisonniers. Comme les grands projets germent lentement et sûrement, l'idée de s'évader lui tendit la main. Et bête et stupide, comme peut l'être un amant, il en fit part à sa belle. Malheureusement les murs ont des oreilles et surtout une langue et la nouvelle fit le tour de la prison. La belle parla et argumenta pour l'en dissuader mais il ne l'écouta pas. Mal lui en pris, il fut pris. Il fut condamné dans un lieu isolé, une île, avec du rab de temps. Vingt ans, dont trois sans visite.

 

 Elle était désolée, elle, l'amoureuse. Comment faire pour le voir, pour de nouveau écouter sa voix . Désormais, ils seraient séparés. Elle ne pouvait l'accepter mais il était si loin et si seul... L'ancienne idée ressuscita dans sa caboche, à elle. Sauf que les femmes sont plus astucieuses que les hommes alors.....

 

Deux ans plus tard. Elle regarde, assise près de la cheminée, la neige tomber. Au fond d'un couloir une voix l'appelle. Il fait nuit. Elle répond qu'elle est là, dans le salon. La voix et elle sont dans un chalet. Un grand et beau chalet. La voix se rapproche d'elle et on voit se dessiner sur le sol sa présence, une ombre. La voix est dans son dos et elle se retourne et le trouve, lui, face à elle. Elle s'approche jusqu'à entendre son souffle et il l'embrasse.


 Vous voulez savoir comment ils ont fait, comment il s'est évadé ... Je ne sais guère et tant mieux sinon les prisons deviendraient des déserts.


IbU.



Article ajouté le 2009-03-04 , consulté 1 fois

Commentaires



Poster un commentaire





http://





Merci de recopier le nombre présent à gauche dans la case de texte ci-dessous ( Pourquoi ? )





Liens

Voir les articles de la catégorie " Histoire de raconter "

Retour aux articles